Dès cet automne, cinq départements testeront le nouveau passeport
biométrique, qui sera généralisé à toute la France à partir de juillet 2009.
Le successeur de l'actuel passeport électronique contiendra non seulement la
photo mais aussi les empreintes digitales de son titulaire, numérisées sur
une puce radio RFID. Il est critiqué depuis longtemps par certaines
organisations. A quelques semaines des premiers déploiements, celles-ci ont
décidé de passer à la vitesse supérieure.
Ainsi, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et l'association Iris (Imaginons
un réseau Internet solidaire) ont déposé le 4 juillet dernier un recours
auprès du Conseil d'Etat, pour faire annuler le décret de création du
passeport biométrique. Ce décret,
publié au journal officiel le 4 mai, fixe ses modalités de mise en
oeuvre et l'utilisation par l'administration des données personnelles qu'il
contient.
Iris et la LDH soulignent d'abord une irrégularité de procédure. De plus,
selon les deux associations, les données utilisées et leur traitement sont
totalement disproportionnés. « C'est comme si vous preniez un marteau pilon
pour casser une noix ! illustre Jean-Claude Vitran, qui préside la
commission « Liberté et informatique » de la LDH. Nous savons bien qu'il
faut prendre des mesures contre le terrorisme, mais a-t-on besoin de
collecter les empreintes digitales des enfants ? »
Le décret prévoit en effet que même les enfants à partir de 6 ans devront
fournir leurs empreintes de doigts. Et ce, alors que « l'âge minimum à
partir duquel un enfant peut être déclaré pénalement responsable est fixé à
treize ans », rappellent Iris et la LDH dans leur recours.
Huit empreintes exigées
Les associations critiquent également le nombre d'empreintes requises pour
le futur passeport, soit huit, ce qui va au-delà des deux empreintes maximum
fixées par le droit européen. Enfin, ces empreintes devront alimenter un «
système de traitement automatisé de données à caractère personnel » appelé
TES. Une base censée faciliter le renouvellement des passeports et lutter
contre la falsification, aux dires du gouvernement. « C'est le fichage
généralisé qui se poursuit... » s'inquiète la LDH.
Deux autres recours contre le décret ont été déposés au Conseil d'Etat : un
de la part d'un groupement de citoyens, l'autre par des représentants des
professionnels de la photographie. Comme le relaient
Zdnet.fr, ceux-ci contestent la mise en place d'un service de photographie
gratuit dans 2 000 mairies et dans les préfectures pour effectuer les photos
numériques et la prise d'empreintes des demandeurs de passeports
biométriques. De quoi plomber sérieusement le chiffre d'affaires des
magasins de photo.
Les sociétés Sagem et Atos viennent d'ailleurs de remporter l'appel d'offres
concernant le matériel nécessaire à la numérisation des images et à leur
stockage sur la puce RFID des passeports.